Cendrillons made in Congo

« Seuls ces personnages entièrement imaginaires, parce qu’ils s’élèvent à la hauteur de mythes, d’archétypes, nous font communiquer avec les tréfonds de l’âme humaine, qui ne sauraient s’expliquer – simplement se représenter, se montrer, se suggérer par l’image, par l’apparence. » Patrice Bollon

À Paris, dans les quartiers populaires de Château Rouge et Château d’eau et en banlieue, on peut observer parader des Africains aux allures chics, portant des complets signés Thierry Mugler et chaussés de John Lobb. Ce sont les ambassadeurs de la S.A.P.E. – Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes. Pour la plupart issus d’une jeunesse congolaise populaire, ils forment des clubs où il s’agit de briller dans des costumes griffés par des grands couturiers et arborer un assortiment savamment composé de tenues et d’accessoires. Le but ultime étant de ressembler aux « grands de ce monde ».

 

Bien qu’il appartienne à un milieu déterminé, le sapeur refuse de s’y cantonner. Il en repousse sans cesse les limites et agit comme un électron libre de l’espace social. Par la réappropriation des signes distinctifs des classes supérieures, les sapeurs aspirent à un dépassement des monopoles de caste et mènent, consciemment ou non, une lutte collective éminemment politique. Le costume du sapeur devenant l’instrument d’une émancipation, un outil d’autodétermination. C’est aussi parce qu’elle se constitue comme une réponse à une tentative d’assimilation que la Sape engage des questions d’identité, de liberté et de représentation de soi qui sont loin d’être superficielles.