Sculpter le soi. La démarche

“« Le but de l’art, après tout, n’est pas de changer les choses – elles changent d’elles-mêmes tout le temps, de toute manière. La fonction de l’art est plutôt de montrer, de rendre visibles les réalités qui sont trop souvent ignorées. » Boris Groys”

À la fois but et manière de vivre, symbole de lutte ou de ralliement, le style est une arme idéologique et symbolique puissante. Son histoire (et par extension, celle de la mode et du vêtement) reflète des mutations sociales profondes. Parce qu’ils portent en eux un système de convenances et de moralités, le corps et le vêtement sont des objets infiniment politiques, culturels et sociaux. De miroirs de l’âme, le corps et le vêtement peuvent également le devenir de leur époque, dévoilant l’histoire de ses luttes. Depuis toujours, il est des individus pour s’exprimer et s’inventer au travers du style. De simple parti pris vestimentaire, celui-ci peut parfois se faire l’expression d’un mode de vie global en rupture avec les normes imposées d’une époque et d’une société. C’est de cette seconde catégorie d’hommes et de femmes, parfois d’adolescents, dont il est question dans ce travail. Des individus qui entendent contester les normes et les échelles de valeurs admises par la frange dominante de la société, s’opposer aux distinctions qu’elle opère entre bon et mauvais goûts, entre culture d’en haut et culture d’en bas.

 

Dans nos sociétés contemporaines, esthétiques et spectaculaires, le corps est un objet de fétichisme social de même qu’un écran sur lequel il est possible de projeter une identité maniable et changeante. Considéré comme le support de l’individualité, il est l’objet de toutes les métamorphoses. L’apparence devenant la manifestation ostentatoire d’une prise de position politique, philosophique ou sexuelle. Le monde n’a jamais été aussi pluriel et les stratégies d’émancipations aux normes sont de plus en plus nombreuses et visibles : cabaret new-burlesque, cosplay, roller derby, Sape, voguing…