Au Japon plus que partout ailleurs, l’habit révèle l’activité. De l’école maternelle à l’université puis au sein des entreprises, employés ou étudiants revêtent tous l'uniforme, symbole d’appartenance sociale ou professionnelle.

D’origine relativement récente, le cosplay (kosupure en japonais) est un jeu de rôle dont les adeptes incarnent héros de mangas et personnages de jeux vidéos. Imitant leurs tenues, leurs cheveux et leur maquillage dans les moindres détails, ils paradent en public dans des costumes aussi étranges qu'extravagants. Si les parures sont très variées, les cosplayers partagent un sentiment de fierté collective et trouvent dans ce mouvement une forme de liberté et de reconnaissance.

Jouer avec son identité quotidienne, l’effacer au profit d’un masque fictif, mythique, ou simplement ludique est, ici encore, un moyen d’échapper aux contraintes sociales. La fiction des cosplayers, légère en apparence, exprime le choix assumé d’une certaine façon d’être au monde. Parfaitement conscient de la dichotomie entre monde réel et monde imaginaire, les adeptes du phénomène pointent leur préférence.

Comme une manière d’appréhender la société et de négocier avec ses contraintes, les membres de la communauté revendiquent le droit de jouer avec les convenances et les interdits qui leur sont assénés au quotidien. En ce sens, la pratique du Cosplay n’est pas sans rappeler l’univers du carnaval où s’exprime une volonté claire de s’émanciper des conventions et des normes sociales. Cependant, parler de déguisement ne semble pas adéquat tant l’essence du Cosplay se situe dans la capacité d’un individu à incarner un personnage en imitant sa gestuelle et ses expressions, aussi bien physiques que verbales. Le Cosplay est un jeu de rôle qui fonctionne sur un principe de simulation ludique censé susciter l’admiration des fans. Plus le costume et les attitudes du Cosplayer seront fidèles au personnage original et plus ils seront les vecteurs d’une célébrité ou d’un pouvoir d’attraction exercés sur la communauté. Ainsi, les vêtements et les accessoires mis en scène sont les fétiches qui matérialisent un besoin plus ou moins conscient de reconnaissance et de légitimation. Il paraît ainsi inopérant d’opposer l’individualisme à une volonté d’appartenance au groupe. Dans une dynamique expressionniste, collective et populaire, le Cosplay révèle un désir conjoint de liberté et de distinction. Sa pratique est à la fois clanique et individualiste et si les Cosplayers se retrouvent volontiers pour partager une passion commune, la concurrence au sein du milieu est redoutable. Si les membres de la communauté se retrouvent autour de nombreux intérêts communs et de référents forts, il se jugent à l’aune d’une créativité devenue nouvel impératif. Le Cosplay exacerbe une volonté de différenciation et valorise une individuation qui se réalise à travers les compétences inventives et manuelles de chacun.

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In the Asian Archipelago, clothing reveals social and professional belonging. From kindergarten to university, then in the world of business, the Japanese all wear the uniform or the suit corresponding to their function. In a society that constantly claims the unity of its social fabric and in which the appearance has such a symbolic value, the diversion of dress codes reveals defiant and subversive intentions.

Considered by many to be a festive, exhibitionist and cathartic outlet, the practice of Cosplay seems to have deeper social implications that society cannot admit. Like the dandies of the nineteenth century who lived in the idealization of a bygone era, the community of cosplayers feels a sense of inadequacy to the society that saw it born and refuses to comply with the standards such society imposes. Games and leisure become the subversive grounds of an anti-establishment strategy that is away from politics. And even if, ultimately, their initiative seems doomed to nihilism or failure, its followers remain in a golden comfort of childhood that is constantly reactivated and fantasized.

As a way of apprehending society and negotiating with its constraints, community members claim the right to play with the conveniences and prohibitions that are assigned to them on a daily basis. In this sense, the practice of Cosplay is reminiscent of the world of the carnival where a clear desire to emancipate from conventions and social norms is expressed. However, to talk about disguise does not seem appropriate as the essence of Cosplay lies in the ability of an individual to embody a character by imitating his gestures and expressions, both physical and verbal. Cosplay is a role-playing game that works on a principle of fun simulation supposed to arouse the admiration of the fans. The more a cosplayer’s costume and attitudes will be faithful to the original character, the more they will be the vectors of a celebrity or a power of attraction exerted on the community. Hence, clothing and props are the fetishes that materialize a more or less conscious need for recognition and legitimation. It thus seems ineffective to oppose individualism to a desire to belong to the group. In an expressionist, collective and popular dynamic, Cosplay reveals a joint desire for freedom and distinction. His practice is both clannish and individualistic and if cosplayers are willing to share a common passion, competition in the milieu is formidable. If the members of the community find themselves around many common interests and strong referents, they consider themselves the ally of a creativity transformed into a new imperative. Cosplay exacerbates a desire for differentiation and it values an individuation that is realized through the inventive and manual skills of each.