La frénésie des jeunes asiatiques pour la culture populaire japonaise pourrait, à elle seule, être considérée comme une provocation à l’encontre des générations passées encore taraudées par les ravages de la guerre du pacifique. S’ils n’ont aucun message politique affirmé, les Cosplayers asiatiques sont pourtant l’écume d’une vague d’évolutions sociales qui va au-delà de leur extravagance vestimentaire. Cette révolte sans grandiloquence, discrète voire silencieuse, porte un enjeu politique considérable dans une société qui prétend sans arrêt à la stabilité et à l’unicité du tissu social. Dans un seul et même mouvement, les membres de la communauté s’efforcent de contester la tradition qui les enferme et de se construire une identité alternative qui fait frémir la classe dominante.

Mais cet engouement pour la culture de masse japonaise dépasse de très loin les frontières de l’Asie du Sud-Est. Partout en Europe fleurissent chaque année des conventions sur le thème du Manga, du Cosplay et de la Japanimation. Qu’advient-il alors de la résistance symbolique inhérente au Cosplay ? Lors des prises de vue, j’ai demandé aux adolescents français de me parler du Japon. L’idée qu’il se font de l'archipel est celle d’un idéal, d’une terre promise à la fois merveilleuse et totalement archétypale. Le deuxième registre d'image réalisées à Kyoto fait signe vers ces fantasmes comme autant de symboles hiératiques d'un ailleurs douloureusement lointain.

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Despite their seeming superficiality, cosplayers question the central values of society and the social dynamics that play out. Although their anchoring in socio-political issues is not very conscious, it is nonetheless tangible. The ontological disobedience of Cosplay, although it is reduced to a game of appearances, nonetheless deploys strategies that allow its followers to build an alternative identity, whatever the society and the territory that shelters them. The attitude of its supporters reveals an attempt at independence and a desire to access a lightness of being that shivers the ruling class.

More than the challenge of a look, it is a whole cultural industry that stands out as a pole of seduction and desire for the world’s youth. France and Germany are the most active European countries with ever-growing fan organizations and internationally recognized gatherings. The most famous is certainly the "Japan Expo" which concentrates each year in Paris a little more than two hundred thousand visitors. The portraits were taken in this environment. During the shooting, I asked the French teenagers to tell me about Japan. Their idea of the archipelago was ideal, both marvellous and totally archetypal. The second set of images made in Kyoto points to these fantasies as hieratic symbols of a painfully distant place.