La frénésie des jeunes asiatiques pour la culture populaire japonaise pourrait, à elle seule, être considérée comme une provocation à l’encontre des générations passées encore taraudées par les ravages de la guerre du pacifique. S’ils n’ont aucun message politique affirmé, les Cosplayers asiatiques sont pourtant l’écume d’une vague d’évolutions sociales qui va au-delà de leur extravagance vestimentaire. Cette révolte sans grandiloquence, discrète voire silencieuse, porte un enjeu politique considérable dans une société qui prétend sans arrêt à la stabilité et à l’unicité du tissu social. Dans un seul et même mouvement, les membres de la communauté s’efforcent de contester la tradition qui les enferme et de se construire une identité alternative qui fait frémir la classe dominante.

Mais cet engouement pour la culture de masse japonaise dépasse de très loin les frontières de l’Asie du Sud-Est. Partout en Europe fleurissent chaque année des conventions sur le thème du Manga, du Cosplay et de la Japanimation. Qu’advient-il alors de la résistance symbolique inhérente au Cosplay ? Lors des prises de vue, j’ai demandé aux adolescents français de me parler du Japon. L’idée qu’il se font de l'archipel est celle d’un idéal, d’une terre promise à la fois merveilleuse et totalement archétypale. Le deuxième registre d'image réalisées à Kyoto fait signe vers ces fantasmes comme autant de symboles hiératiques d'un ailleurs douloureusement lointain.