À Paris, dans les quartiers populaires de Château Rouge et Château d'eau et en banlieue, on peut observer parader des Africains aux allures chics, portant des complets signés Thierry Mugler et chaussés de John Lobb. Ce sont les ambassadeurs de la S.A.P.E. – Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes. Pour la plupart issus d’une jeunesse congolaise populaire, ils forment des clubs où il s’agit de briller dans des costumes griffés par des grands couturiers et arborer un assortiment savamment composé de tenues et d’accessoires. Le but ultime étant de ressembler aux « grands de ce monde ».

Bien qu’il appartienne à un milieu déterminé, le Sapeur refuse de s’y cantonner. Il en repousse sans cesse les limites et agit comme un électron libre de l’espace social. Par la réappropriation des signes distinctifs des classes supérieures, les Sapeurs aspirent à un dépassement des monopoles de caste et mènent, consciemment ou non, une lutte collective éminemment politique. Le costume du Sapeur devenant l’instrument d’une émancipation, un outil d’autodétermination. C’est aussi parce qu’elle se constitue comme une réponse à une tentative d’assimilation que la Sape engage des questions d’identité, de liberté et de représentation de soi qui sont loin d’être superficielles.

L’attitude des Sapeurs s’élève aussi contre les pressions sociales et familiales qui pèsent sur les immigrés économiques débarqués en Europe. À ce titre, ce n’est pas un hasard si l’immense majorité des Sapeurs sont des hommes. La Sape révèle en effet un certain nombre d’inégalités, sexuelles et sociales, qui vont des représentations de la réussite elle-même aux rôles genrés à l’œuvre au sein de la famille et de la collectivité congolaise. De manière plus générale, la Sape ambitionne de renverser l’ordre des choses suivant une déontologie particulière, un langage propre et des règles strictes.

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In Paris, in the popular neighborhoods of Château Rouge and Château d’Eau, one can notice chic looking Africans that parade in Tommy Mugler suits and shod with John Lobb. They are the ambassadors of “la S.A.P.E” – La Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes. Most of them come from the popular Congolese youth and form clubs in which they shine in designer suits and wear an assortment of outfits and accessories. Their ultimate goal is to look like “fine gentlemen”.

Although he belongs to a determined milieu, a sapeur refuses to be confined to it. He constantly pushes the boundaries and acts as an electron that is free of social space. Through appropriation of the distinctive signs of the upper classes, sapeurs aspire to an overcoming of caste monopolies and carry out, consciously or not, a collective struggle eminently political. The sapeur's costume becomes the instrument of emancipation, a tool of self-determination. It is also because it is constituted as a response to an attempt of assimilation that la Sape engages with issues of identity, freedom and self-representation that are far from superficial.

The attitude of sapeurs is also against the social and family pressures weighing on the economic immigrants that landed in Europe. As such, it is no coincidence that the overwhelming majority of sapeurs are men. La Sape reveals indeed a certain number of inequalities, sexual and social, which go from the representations of the success itself to the gendered roles at work within the family and the Congolese community. More generally, la Sape aims to reverse the order of things according to a specific deontology, a clean language and strict rules.